La Sophrologie - Un outil précieux pour soulager l'endométriose et ses multiples répercussions.
- Karine LOPEZ DIAKHATE
- 13 sept. 2022
- 9 min de lecture
Beaucoup de femmes dans mon entourage sont affectées par cette maladie, véritable source de souffrance physique et psychologique. Leurs retours sur leur vécu de la maladie ainsi que sur la méconnaissance de beaucoup de professionnels qu’elles ont croisées sur leur chemin, m’a fait prendre conscience de la nécessité de me former, en tant que professionnelle de la santé afin d’accueillir inconditionnellement et en connaissance ces clientes.
L’endométriose a été découverte en 1860. C’est une maladie chronique inflammatoire qui a longtemps été ignorée et dont les avancées sont encore rares. Elle peut être très dure pour les femmes qui vivent avec, au quotidien.
Cette maladie touche 10% des femmes en âge de procréer, dans le monde, soit 1,5 à 2,5 millions de femmes en France et 190 millions dans le monde. Ce chiffre pourrait être bien en dessous de la réalité car c’est une maladie encore trop souvent méconnue des patientes voir des professionnels de santé.
L’endométriose se caractérise par « la présence en dehors de la cavité utérine de tissu semblable à la cavité utérine qui subira, lors des cycles menstruels ultérieurs, l’influence des modifications hormonales » (Endofrance).
La maladie peut apparaître dès l’adolescence néanmoins, le diagnostic est souvent tardif, souvent entre 30 et 40 ans. En effet, il faut souvent entre 6 et 8 ans (parfois 10 ans) avant que le diagnostic soit posé, durée pendant laquelle la maladie progresse, au même titre que les douleurs qui vont avec. Cette méconnaissance conduit les patientes dans une « errance médicale » qui a des conséquences. En effet, elles se retrouvent souvent en souffrance, isolées, et doutent d’elles-mêmes, de leur corps,…
Il y a trois manières de diagnostiquer l’endométriose :
-Tout d’abord, par une échographie endovaginale. Cette échographie permet de visualiser la cavité pelvienne et de déceler des lésions, des kystes ovariens, des adhérences, des contractures musculaires,…
- Ensuite, il est également possible de passer un examen radiologique qui permet la visualisation de l’utérus et des trompes. Cet examen permet de détecter des malformations, des déformations, des adhérences…
-Enfin, l’IRM permet d’obtenir une vue en 2D ou en 3D de l’intérieur de la cavité pelvienne et utérine pour avoir une vue précise sur les tissus dits « mous » et visualiser des lésions, des kystes, des nodules ou autres. Quoi qu’il en soit l’IRM confirme le diagnostic et donne à voir l’étendue de la maladie.
Ainsi, le diagnostic est posé par un médecin ou un gynécologue et repose sur des méthodes invasives, là encore non sans conséquence pour les patientes.

Nous pouvons entendre qu’il existe « DES endométrioses » au sens où il y a autant d’endométrioses que de femmes. En effet, chaque femme vit la/sa maladie singulièrement.
Les symptômes de l’endométriose « peuvent être multiples et liés à la localisation de la maladie, chroniques ou périodiques, ou totalement absents dans les formes asymptomatiques, et leur intensité n’est pas révélatrice de la gravité des lésions » (Endofrance).
Nous pouvons néanmoins noter que le symptôme le plus courant de l’endométriose est la douleur. Dans 50 à 91% des cas, les femmes témoignent de règles douloureuses, de douleurs pendant les rapports sexuels, de douleurs pelviennes fréquentes, de défécation douloureuse, de difficulté pour uriner, de douleurs abdominales, de douleurs pelviennes pouvant irradier jusque dans la jambe.
Dans la majorité des cas, il s’agit d’une douleur invalidante entraînant une incapacité partielle ou totale pendant plusieurs jours. Dans les cas les plus sévères, cette invalidité peut être permanente. Cette douleur entraîne la prise d’antalgiques puissants voire de morphiniques.
Par ailleurs, les principaux troubles et douleurs liés à l’endométriose sont les suivants :
- Des règles douloureuses et saignements.
- Une infertilité. Une patiente sur deux a souvent du mal à concevoir un enfant et il n’est pas rare que la maladie soit diagnostiquée lors d’un bilan de fertilité.
- Des troubles digestifs occasionnant constipation ou diarrhées.
- Des troubles urinaires entraînant des brûlures urinaires, du sang dans les urines, des mictions fréquentes.
- Une fatigue chronique impactant la qualité de vie.
- Des douleurs pelviennes et lombaires situées dans le petit bassin, du nombril au bas ventre. Mais aussi parfois des lombalgies, des sciatiques ou des cruralgies.
- Des douleurs pendant les rapports sexuels.
A partir de ces faits, de ces observations et constats autour de l’endométriose, nous allons dans un premier temps envisager l’impact potentiel de la maladie sur les femmes endométriosiques et dans un second temps, voir ce que la sophrologie peut leur apporter où comment la sophrologie peut les soulager.
Impacts potentiels de l’endométriose :
Tout d’abord, l’endométriose est bien une maladie chronique. Outre la douleur physique, les personnes touchées par cette pathologie chronique peuvent également souffrir moralement et socialement. Cette souffrance reste souvent cachée, elle couve et n’est pas toujours perçue aisément par l’entourage (famille, amis, collègues,…).
Par ailleurs, l’anticipation des douleurs, la fatigue chronique et le risque d’infertilité sont autant de facteurs accentuant potentiellement le stress. Ce dernier amplifie le ressenti des symptômes douloureux.
Nous pouvons également souligner que l’endométriose peut être à l’origine de profonds changements physiques. Ainsi elle peut nécessiter d’effectuer certaines interventions chirurgicales invasives entrainant des cicatrices. En outre, les effets secondaires des traitements médicamenteux, de la prise d’hormones peuvent être à l’origine de prise/de perte de poids mais également de problèmes de peau ou encore de problèmes de pilosité, de perte de cheveux… Ces transformations physiques constituent pour certaines femmes endométriosiques un véritable choc générant anxiété et grande détresse… Elles peuvent donc perturber également l’image de soi. Le regard des autres, de la société renforçant également potentiellement cette perturbation.
En découle, une éventuelle altération de l’estime de soi mais également de la confiance en soi.
De plus, l’endométriose, source de souffrance physique est aussi parfois invalidante et elle peut impacter la vie quotidienne tant dans la sphère privée que professionnelle.
Dans la sphère personnelle, cette maladie peut entraîner des douleurs quotidiennes importantes notamment lors des rapports sexuels. Il peut y avoir des répercussions au sein du couple, dans l’intimité même du couple. Par ailleurs, les difficultés que certaines rencontrent dans leur projet de maternité ne sont pas aussi sans impacter le psychisme de ces femmes. En effet, elles peuvent également développer l’image d’un corps qui dysfonctionne. Leur perception d’elle-même aura probablement une incidence dans la manière de vivre leur couple.
Les douleurs et la fatigue chronique, réalité pour bon nombre de malades, ont également un impact sur les sorties en société, sur les liens avec l’entourage familial, amical... En effet, face à la douleur, les malades tentent de limiter au maximum le nombre de situations où elles ont à gérer leurs douleurs en public. Cette réaction peut être à l’origine de retours négatifs de la part de l’entourage, qui ne comprend pas. La personne a tendance à rester au calme, chez elle et cela la met à distance d’une « vie normale ». Le cercle vicieux de l’isolement et de la dépression qui se nourrissent mutuellement est alors en marche.
Enfin, l’endométriose peut également impacter la sphère professionnelle notamment au travers du taux d’absentéisme. En effet il est compliqué de gérer la douleur et la fatigue dans le quotidien du travail qui implique réunions, entretiens, négociations,… Alors Ces patientes ont souvent recours aux arrêts de travail. Deux conséquences à cela : tout d’abord, une répercussion sur le taux d’employabilité potentiel de ces femmes et ensuite, cela questionne leur possibilité à pouvoir s’épanouir au travail.
Apport de la sophrologie aux patientes endométriosiques :
Il apparaît que la Sophrologie peut être une alliée précieuse à bien des égards car elle permet :
-D’apporter un lieu d’écoute… Un accueil inconditionnel de ce que ressent physiquement et psychologiquement la personne qui débute dès le rendez-vous d’anamnèse et qui se poursuit tout le long du suivi.
-De questionner autour de l’existence d’un suivi averti via un gynécologue ou un médecin et autour de la réalisation d’examens spécifiques tels que IRM lorsqu’il n’y a pas de diagnostic posé mais qu’il y a des symptômes évocateurs (maux de ventre, fatigue, douleurs lors des rapports sexuels, problèmes digestifs,…)
-D’inverser le positionnement, la personne est alors actrice de sa prise en charge. Il y a déjà ici une posture intéressante car la personne bien souvent subit, est passive face à cette pathologie. Là elle décide de prendre soin d’elle et de devenir actrice.
-De travailler en profondeur pour aider à vivre avec une maladie chronique, d’en faire « une partenaire de vie » et pas son ennemie. Il est ainsi important d’accompagner la cliente à apprendre à vivre avec ses symptômes et à considérer l’endométriose comme « une amie de voyage » bon gré, mal gré qui l’accompagnerait une grande partie de sa vie.
-De travailler autour de la gestion du stress en invitant à la prise de conscience des ressentis, en apprenant à relâcher les tensions corporelles ce qui abaisse le niveau d’anxiété et enfin, en accompagnant à évacuer le trop plein d’énergie.
- De travailler autour de la douleur. Ce travail débute lors de l’anamnèse par une recherche d’informations approfondies sur son histoire et les circonstances de son apparition. Comment se manifeste/nt la/les douleur/s ? Ensuite un travail conséquent peut déjà être entrepris par la sophronisation de base via la respiration et la relaxation. Une fois que la cliente est en mesure de lâcher prise, l’idée sera de l’aider à sortir du cercle vicieux de la douleur en l’aidant à accueillir ce qui est, à accueillir la réalité. Une fois qu’elle sera autonome par rapport à ces premiers acquis, les Techniques d’Activation Intra Sophroniques seront envisageables. L’idée étant qu’elle sera plus au fait de sa maladie, faisant émerger sa position par rapport à ses troubles mais également sa motivation profonde pour envisager un changement dans sa possibilité de vivre avec sa pathologie.
-D’effectuer un travail de respiration associé à la sophronisation de base pouvant aider à la relaxation, à atténuer certains symptômes… La respiration ventrale, originelle peut aider à atténuer les douleurs grâce au massage qu’il procure à l’ensemble du ventre, organes, viscères… Par ailleurs, respirer pleinement peut également aider à traverser certaines phases douloureuses « critiques ».
- De réaliser un travail spécifique autour du mal-être en accompagnant la cliente à reprendre contact avec son corps via les techniques respiratoires notamment. L’objectif étant d’aider la cliente à retrouver son propre souffle de vie, à se sentir vivante. Le travail autour du relâchement musculaire et mental favorise encore l’équilibre du corps et de l’esprit. En outre, les différentes techniques proposées vont permettre à la cliente de renouer avec ses ressources après avoir trouvé l’apaisement. Enfin, ce travail de lien entre corps et esprit encourage à la libération des tensions et à retrouver sa propre énergie.
-D’effectuer un travail spécifique autour de l’image du corps pour accompagner la personne à s’accepter comme elle est, à être en lien de manière apaisée, sereine avec elle-même. Proposer un travail au niveau du schéma corporel pour aider à son intégration mais également autour des 5 sens pour accompagner la personne à percevoir son corps comme vecteur de bien-être.
Plusieurs outils semblent pertinents à travailler mais ils seront à déterminer suite au premier entretien et à ajuster au fur et à mesure de la prise en charge, afin d’être au plus près des besoins de la cliente et de lui proposer l’accompagnement le plus pertinent. On peut néanmoins envisager la pertinence de certains outils.
La prise en charge de ces différents aspects aura une incidence dans la manière de la cliente d’être au monde, dans sa façon d’être en lien avec son entourage, que ce soit dans la sphère privée ou professionnelle. On peut penser que plus la cliente parviendra à se détendre, à gérer son stress et sa douleur, davantage son rapport à son corps sera apaisé. Cela lui permettra certainement d’envisager avec plus de plaisir et de sérénité la vie de manière générale tant dans la sphère privée que professionnellement.
Abordons maintenant, les différents outils et techniques propres à la sophrologie :
Tout d’abord, concernant le travail qui peut être proposé dans une simple Sophronisation de Base, tout le travail de respiration, et de visualisation peut déjà être très bénéfique. De même le travail autour de l’intégration du schéma corporel est intéressant. Des outils comme les relaxations dynamiques utilisées avec des intentions adaptées, des sophro déplacements du négatif,… peuvent être source d’apaisement pour la cliente. En outre, des outils tels que le lieu ressource pour se couper de tout, même en interne, dévier son attention vers une visualisation où on peut se sentir complètement relâché, détendu et en sécurité totale.
Ensuite, concernant les techniques d’activation intra sophronique à proprement parler, plusieurs semblent intéressantes à envisager. Le travail à travers la technique psychoplastique peut favoriser la cicatrisation, et atténuer le stress lié au risque de surinfection ou de complications post opératoires. Le fait de travailler sur l’état mental du client favorise la réparation en interne et sa guérison. En outre, l’autoscopie peut également être intéressante à envisager. L’intention serait de proposer une visite de son corps de l’intérieur afin de l’aider à la perception d’un corps moins douloureux, d’un corps pouvant aussi être vecteur de plaisir. Dans le même ordre d’idées, une action via une sophro substitution sensorielle afin de travailler autour de la douleur la plus invalidante au mieux-être soit en remplaçant cette douleur/sensation désagréable par une sensation agréable, soit en la déplaçant dans une partie du corps où cela serait davantage supporté.
Concernant maintenant les états émotionnels, il est fort à parier que la maladie impacte de ce côté la cliente et travailler autour d’un ancrage serait probablement à considérer.
Enfin, concernant le changement à proprement parler tout est envisageable mais en lien avec l’objectif de la personne.
Pour conclure, il apparaît que la Sophrologie peut être une bonne partenaire pour une femme souffrant d’endométriose. Ainsi, elle permet à la personne endométriosique d’apaiser les douleurs, de renouer avec son corps mais aussi de réduire le stress, de sortir de son isolement et du silence. Dans cette démarche, la Sophrologie s’avère ainsi être une précieuse alliée.

« Prend soin de ton corps pour que ton âme ait envie d’y rester »
Gandhi
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